La croisière de Léon Nidace 

Alors que je siestais dans le fauteuil, il me vint tout à coup l’idée d’aller fouiner dans le grenier, dans l’espoir de trouver un quelconque document relatant,
ne fut-ce qu’un moment, la vie antérieure de mon papa Léon, mort subitement d’une crise de foie.

Je savais qu’à l’époque il avait l’habitude de tenir un journal pour chaque voyage au long cours qu’il entreprenait.
Je savais aussi que ce ne serait pas la mer à boire pour retrouver ses carnets, lui qui était si ordonné.

J’en avais déniché un qui, celui-là, retraçait son périple de la VIRGINIE à l’Île MAURICE.
 
 
 (En posant le curseur sur les mots rougis, vous en connaîtrez leurs définitions)
 


Voici ce qu’il avait écrit :
 
20 juin 1987
 
            Ce matin-là, sur l’embarcadère, je versai une larme, non pas de bonheur mais de tristesse.
Jamais, auparavant, je n’avais ressenti cela. C’était comme si je partais sans plus revenir, comme si je laissais mes enfants,
mes proches et mes amis dans le désespoir. Allez donc savoir pourquoi !
            Enfin, cette fameuse patente de santé à bord, nous pouvions appareiller.
            A bord du Holiday, notre FIDELE mousseBENOIT, et avec toute la PRUDENCE requise, nous retraça brièvement la vie
de cette impressionnante embarcation MARINE, après quoi nous en fîmes la visite complète.
De la proue jusqu’à la poupe, rien ne sera laissé au hasard et vous saurez tout de ce paquebot affirmait-il encore ce brave petit.
En passant par les écoutilles, nous visitâmes les cales. La froidure, dans ces endroits, en étonna plus d’un. Pendant que nous observions les immenses groupes électrogènes ainsi que les turbines et les dynamos, dans une des soutes ANNE aperçut LUCIE faire de bien vilaines choses.
Elle jouait avec le feu. GÉRARDment vu ça et GÉRY avec HENRI GOLAND, notre lieutenant que je connaissais à peine.
Alors que nous survolions les chambres, je remarquai sur la couchette d’IVAN un AUGUSTEISIDORE en paix…déjà !
Décidément, sur une autre couchette SANDRA de lit celle-là et de FLORA, je vis NORBERT croquer AMANDINE.
Brrr ! N’était-ce pas TRISTAN voyant tout ça ? Il était vrai que ce couple venait de se marier et accomplissait leur voyage de noces !
La visite se poursuivi sur le pont, la passerelle et de conclure par le poste de commande. Nous fîmes la connaissance du commandant (ex patron devenu pacha depuis 4 jours nous disait-il) et une bonne partie du personnel navigant. On a reconnu, entre autre, la vigie et l’hydrographe.
La journée se termina au salon, où j’y ai rencontré des gens intéressants et habitués dans ce genre d’expédition.
Pour cette première journée, je ne vois plus rien qui vaille la peine d’être signalé.
 
21 juin

 
            Nous avons fait la connaissance des coqs tôt ce matin. MARTIN, pêcheur, comme tout le monde, nous les présenta.
Il y avait : JUDAS BRICOTHARRY COVERTREINE CLAUDE et CLÉMENTINE, ces deux dernières étant leurs poules respectives.
Parfois, elles nous pondent des bonnes ou moins bonnes histoires (fort heureusement).
Cette seconde journée à bord étant, paraît-il, déjà libre, je me suis décidé d’aller au salon pour me désaltérer et faire de plus amples connaissances.
J’ai rencontré au BARNABÉ, notre capitaine. BARBARA lui SERVAIS un MARC de café, quant à moi je restais FIDÈLE à MATTHIAS de thé.
Un brouhaha attirait mon attention au fond de cette salle. En effet, une dizaine d’individus avaient l’air de bien s’amuser.
Parmi eux, ALEXANDRA qui buvait une BLANCHE, le conJACQUES un saint RAPHAËL et GEORGES une poire WILLIAM à l’occasion
de l’ANNIEversaire d’ÉLOI, un ancien batelier récemment pensionné. PLACIDE je le restai.
Cette seconde journée s’acheva, je ne sais trop de quelle façon. Hic…
 
22 juin

 
            Vers 9 heures ce matin, nous avons aperçu, à bâbord et dans notre hublot, une immense plate-forme de forage.
Impressionnant ! J’avais décidé, pour mieux la voir encore, de monter dans la cabine de notre cher commandant.
Je toquai à la porte lorsque j’entendis : « ANDRÉ, c’est ouvert ». D’un pas hésitant je pénétrai ALAIN térieur.
Ca FABIEN me demanda-t-il ? Il avait, nulle doute, lui aussi ,participé
A cette petite fête en l’honneur d’ÉLOI. Il avait une démarche plus que chaloupée !
Que pensez-vous de ce FRÉDÉRIC (vrai derrick) me demanda-t-il encore ? Je ne lui répondis toujours pas, mes yeux étant rivés sur l’habitacle et le loch.
Il me fixa un court instant et, vexé en me montrant du doigt, gronda : « j’en ai MARTHE vous, prenez la porte ».
Je dégringolai la passerelle à toute allure, aboutis sur le pont arrière quand j’ai cru reconnaître de dos RÉMI et son lassie au sol.
En fait, ce n’était que BERNARD, un drôle de gaillard dans sa dunette…un chien ce mec.
Une soudaine envie de satisfaire un petit besoin me traversa l’esprit.
Après quelques recherches, je trouvai ces WALTER closet et je patientai longuement devant les deux portes fermées de l’intérieur.
J’avais le temps de fumer ma cigarette !
Tout à coup, elles s’ouvrirent presque simultanément ce qui a provoqué chez moi un gros sursaut qui a d’ailleurs failli me faire perdre l’équilibre.
Ce n’est que le lendemain, alors que je croisai ces mêmes personnes que j’ai appris leurs noms. Il n’y avait pas de quoi rire.
Elles s’appelaient : SIMON CUSSONET et OMER DALORS, les deux débardeurs. Des toilettes, j’avais juste le temps de me rendre à l’office. Ce n’était PATRICE du tout. Je reconnus MARC HETING le lamaneur (il en a marre des navires !), 
RENÉ GOSSIER et surtout CHANTAL LAMAISSE membre de la chorale. Je l’ai HONORÉ.
Sur certains chants ÉLISE hait l’organiste qui ne fait pas preuve de CONSTANCE.
Il approchait midi lorsque j’allai au restaurant en polo avec RENAUD. Un steward nous a reçus chaleureusement.
Toutes les tables étaient décorées de fleurs.
On pouvait y reconnaître des VÉRONIQUE, des HYACINTHE, des CAPUCINE, des MARGUERITE, des VIOLETTE,… n’est-ce pas ROSE !
Quand on sait que ROSALIE joie et bonne humeur !
Ce qui m’a frappé aujourd’hui c’est :
° L’agneau de PASCAL
° La matelote
° JUDITHTHOMAS te servant des cocktails rougeâtres.
Je m’entretenus longuement avec BERTHE et son fameux décolleté, avec MATHILDE qui est revenue
et avec le pauvre RICHARD qui fait partie, lui, du chœur de Lyon.
Le bateau bourlinguait ce soir. Avec les embardées, tantôt nous roulions et tantôt nous tanguions.
Notre commandant ordonna même de stopper les machines.
Nous errions de longues heures en attendant une accalmie.
Plus rien KIM me semble important d’écrire pour cette journée.

 
23 juin
 
            J’en ai remarqué des ‘comiques’ aujourd’hui :
° STANISLAS ses chaussures avec GUY BOL.
° FÉLIX aboie…des injures.
° ACHILLE se tord la cheville sur bordure, tout près de l’écubier, et il rit GAULLE.
° SILVÈRE tombe et s’occasionne de multiples fractures au poignet.
° J’ai discutaillé avec la fermière JESSICA NARD des tournePIERRE. (son frère n’est autre que LÉO NARD).
° On parla aussi :          
- de la ville d’URBAIN.
- des récompenses d’OSCAR.
- des bienfaits d’ARIEL.
- des mâtins d’AURORE.
° Aussi, à proximité des aussières, nous avons surpris SALVATORE faisant de grands gestes.
Il avait aperçu un toueur. Paniqué, il s’enfuit par peur d’être toué.
En fait ce n’était qu’une patache et rien d’autre !
Ce fut une journée inoubliable.
 
24 juin
 
            Quelle matinée que celle-là.
Par la coursive, je fis le tour des chambres par simple curiosité.
Je prêtai l’oreille et j’entendis dans la première : « connais-tu le MONIQUE s’exclama CHARLES ROY le canotier. ANSELME dit-il et AUBRY colle ».
Dans la seconde chambre on pouvait entendre ceci : « tu es JEANtille ma petite, mais prends ton bain MARIE ».
Et encore : « alèse BLAISE…, tu RAYMOND dos avec tes ongles ». Ils étaient AMAND.
Dans la troisième chambre j’entendis quelques murmures : « fesse-MATHIEUROBERTSARAHmolli ».
C’était son JULES ROMAIN pour le bonheur de SOPHIE.
Avant d’arriver à la quatrième chambre, je fis demi-tour !
Émotionné, j’en oublai même de compléter mon journal.

 
25 juin
 
            J’avais eu de la peine à me réveiller ce jour-là.
Il faisait pourtant un temps CLÉMENT aujourd’hui.
Pendant que je parlais avec le beau EDDY HANLE, un futur nautonierALAINCONSTANT et NOËL, dans une des soutes NESTOR pillait le navire de LAURE qui se trouvait dans différentes malles (des LOUIS d’or pour être précis).
Ses complices, qui montaient la garde, furent cependant surpris pas l’effet d’ARSÈNE et de crier haut et fort : « 22 VLADIMIR ».
On pensait qu’en les désARMAND notre tâche serait moins ardue pour les coincer.
Le BENJAMIN ALPHONSE sur eux et se COLETTE avec NESTOR CASIMIR sur le dos. AUGUSTIN bon. 
HERCULE pour assurer les arrières et THÉOPHILE chercher du renfort. CONSTANTIN une torche car il ne faisait pas trop CLAIRE.
On parvint toutefois à mettre un des complices, HUGUES, au frais.
Quant à NESTOR on a réussi à lui mettre le grappin dessus en lui assénant un coup de barre (le commandant évidemment). Ce SONIA tout. MAXIME minimalisa les faits.
On avait tous eu chaud.
Au même moment, une vedette nous arraisonna. Ca tombait bien pensais-je.
Vers 15 heures, les voyageurs avaient été invités à regagner le pont, sur le plus grand bau,
là où le chanteur d’ÈVE allait entamer son spectacle sous la risée.
GONTRAN si et retira son pull d’HÉLLÈNEHERVÉ hicule des autocollants.
Tout avait été mis en œuvre pour réussir cette formidable journée qui avait bien mal commencée.
Sous les applaudissements d’une foule en délire, il nous interpréta VANINA. Les gens pavoisaient et aimaient sa MÉLODIE.
Ce n’est PACHOME d’autres chanteurs. Certains bissent mais BÉATRICE.
La nuit s’acheva dans la nuit paisible.
SOLANGE son bébé ANTOINE et THÉODORE.
Moi, j’avais décidé d’aller fumer sur le pont. Alors que nous naviguions de conserve avec ce vent debout,
j’étais accoudé sur la rambarde avec un pied sur le plat-bord.
J’admirai tantôt les oeuvres mortes et tantôt les oeuvres vives car nous donnions de la bande.
Avec ce temps changeant tous les jours, il m’était devenu impossible de m’amariner sur ce bateau.
J’étais encore malade et JÉRÉMIE toutes les OLIVE servies la veille.
 

26 juin
 
            DIANE nous réveilla à 7 heures. Nous louvoyons toujours.
Aujourd’hui, croissants et pains au chocolat étaient servis dans nos chambres.
Cela m’étonna. Regarde un peu ton calendrier JULIEN ! Nous étions effectivement dimanche. C’était l’anniversaire de ma femme.
N’aurais-tu pas un FRANCISl’te plait, pour le caddie ? HORTENSE y a des fleurs dans ta cambuse ? Non me répondit-elle.
JÉROME en sait quelque chose, alors. La matinée se déroula normalement, l’aviso m’ayant, une fois de plus, déçu.
Il est vrai que jamais je n’ai reçu de lettres sur un bateau.
Au salon nous avons bien fêté cet anniversaire comme il se doit.
Pas de chance : le VINCENT le bouchon. SYLVAIN n’est pas buvable, buvons de l’eau alors m’exclamais-je.
Nous attendions la venue de LOUISE et de FERDINAND, le vieux nocher, pour commencer à dîner.
Ils arrivèrent en retard, probablement retenu par LAMBERT qui, lui, n’est pas haleur. Nous passâmes quasiment toute l’après-midi à table.
D’autres avaient préféré se dorer au soleil. Je pensais notamment à ODILE et à FRANCE. Elles étaient BRUNO soleil.
D’autres encore se photographiaient sur les apparaux. Il paraît que les photos sont souvent belles !
En regagnant nos chambres, dans le couloir, je croisai Monsieur LENOIR, marinier, et Madame LEBLANC, passeuseANTHONY me le confirme.
Sur mon lit j’avais JUSTIN peu mal la tête, mais je m’endormis rapidement tout de même.
 
27 juin

 
            Je me levai du pied gauche ce matin. Je posai déjà des questions dont :
« dis-moi CÉLINE, passes-tu une BONAVENTURE ? Non me répondit-elle froidement. Je pense que tu me mènes en bateau depuis une semaine !
C’est la JOACHIM me manque ici. Beaucoup de gens nous hantent HUBERT. Ni JOËLNICOLAS pourraient me contredire. 
QUENTIN balle de la tête, lui qui lésa LÉA.
Boum !! Le vent venait de drosser notre paquebot contre un chalutier et donc de prendre du ‘plomb’ dans l’aile ou plus précisément dans la carène.
Ce fut la panique générale à bord. Notre bateau insubmersible prenait l’eau. Les écopes n’auraient pas servies à grand chose.
Chacun, et par ses propres moyens, tentait de regagner la tour d’ABEL.
Parmi les hommes, seul SÉBASTIEN semblait le plus courageux. IRISELVIRE dans la folie.
Allez, remuez-vous un peu m’exclamais-je !
Les gens se regroupaient sur le pont et se tassaient contre les rambardes en attendant leur tour… 
GUSTAVEEDMOND cousin GERMAIN à faire descendre les barcasses sur l’eau.
Les portemanteaux, avec ce temps maudit, étaient difficiles à manœuvrer.
Eh PAUL, vient me donner un coup de main et asperge GILLES qui est en train de brûler. SYLVIE après ça disait-il ! RITA raison imbécile !
Tous les hommes restaient actifs sauf deux. Ils passent YVES et ALBERT, ces deux types qui d’ÉTIENNE pourtant une grosse responsabilité de l’embarcation. On a perdu MAXHILAIRE.
Le temps pressa. Avec l’aide du commandant, JOSEPH filtra les quelques mille personnes restantes en criant :
« les femmes et les enfants d’abord, …les requins aiment ça ! ».
Dix minutes plus tard notre paquebot cabana.
On a recensé une centaine de morts et autant de disparus.
Moi, j’avais eu plus de chance qu’eux.

   
                                                                                                                                                                                                                         
                                                                                                                                                                Lecameleon
   

                    



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